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HERMIA

— C’est vous, madame, qui êtes cause de tout ce tapage. — Çà, ne vous en allez pas.


HÉLÉNA

Je ne me fie pas à vous, moi ; — et je ne resterai pas plus longtemps dans votre maudite compagnie. — Pour une querelle, votre main est plus leste que la mienne ; — mais, pour courir, mes jambes sont les plus longues.

Elle sort.



HERMIA

— Je suis ahurie, et ne sais que dire.

Elle sort en courant après Héléna.



OBÉRON, à Puck

— C’est ta faute ; tu fais toujours des méprises, — quand tu ne commets pas tes coquineries volontairement.


PUCK

— Croyez-moi, roi des ombres, j’ai fait une méprise. — Ne m’avez-vous pas dit que je reconnaîtrais l’homme — à son costume athénien ? — Mon action est donc irréprochable, en ce sens — que c’est un Athénien dont j’ai humecté les yeux ; — et je suis satisfait du résultat, en ce sens — que leur querelle me paraît fort réjouissante.


OBÉRON

— Tu vois, ces amoureux cherchent un lieu pour se battre : — dépêche-toi donc, Robin, assombris la nuit. — Couvre sur-le-champ la voûte étoilée — d’un brouillard accablant, aussi noir que l’Achéron, — et égare si bien ces rivaux acharnés, — que l’un ne puisse rencontrer l’autre. — Tantôt contrefais la voix de Lysandre, — en surexcitant Démétrius par des injures amères ; — et tantôt déblatère avec l’accent de Démétrius. — Va, écarte-les ainsi l’un de l’autre — jusqu’à ce que sur leur front le sommeil imitant la mort — glisse avec ses pieds de plomb et ses ailes de chauve-souris. — Alors, tu écraseras