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avec ces hommes — pour me harceler de cette affreuse dérision ? — Avez-vous oublié toutes les confidences dont nous nous faisions part l’une à l’autre, — nos serments d’être sœurs, les heures passées ensemble, — alors que nous grondions le temps au pied hâtif — de nous séparer ? Oh ! avez-vous tout oublié ? — notre amitié des jours d’école, notre innocence enfantine ? — Que de fois, Hermia, vraies déesses d’adresse, — nous avons créé toutes deux avec nos aiguilles une même fleur, — toutes deux au même modèle, assises sur le même coussin, — toutes deux fredonnant le même chant, sur le même ton toutes deux, — comme si nos mains, nos flancs, nos voix, nos âmes — eussent été confondus ! Ainsi on nous a vues croître ensemble, — comme deux cerises, apparemment séparées, — mais réunies par leur séparation même, — fruits charmants moulés sur une seule tige ; — deux corps visibles n’ayant qu’un seul cœur ; — deux jumelles aînées ayant droit — à un écusson unique, couronné d’un unique cimier ! — Et vous voulez déchirer notre ancienne affection — en vous joignant à des hommes pour narguer votre pauvre amie ? — Cette action n’est ni amicale ni virginale ; — notre sexe, aussi bien que moi, peut vous la reprocher, — quoique je sois seule à ressentir l’outrage.


HERMIA

— Vos paroles emportées me confondent ; — je ne vous raille pas ; c’est vous, il me semble, qui me raillez.


HÉLÉNA

— N’avez-vous pas excité Lysandre à me suivre — par dérision, et à vanter mes yeux et mon visage ? — et engagé votre autre amoureux, Démétrius, — qui, il n’y a qu’un instant, me repoussait du pied, — à m’appeler déesse, nymphe, divine, rare, — précieuse, céleste ? Pourquoi parle-t-il ainsi — à celle qu’il hait ? Et pour-