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— que je ne t’aie châtiée pour cet outrage. — Viens ici, mon gentil Puck. Tu te rappelles l’époque — où, assis sur un promontoire, — j’entendis une sirène, portée sur le dos d’un dauphin, — proférer un chant si doux et si harmonieux — que la rude mer devint docile à sa voix, — et que plusieurs étoiles s’élancèrent follement de leur sphère — pour écouter la musique de cette fille des mers ?


PUCK

Je me rappelle.


OBÉRON

— Cette fois-là même, je vis, (mais tu ne pus le voir,) — je vis voler, entre la froide lune et la terre, — Cupidon tout armé : il visa — une belle vestale, trônant à l’Occident (8), — et décocha de son arc une flèche d’amour assez violente — pour percer cent mille cœurs. — Mais je pus voir le trait enflammé du jeune Cupidon — s’éteindre dans les chastes rayons de la lune humide, — et l’impériale prêtresse passa, — pure d’amour, dans sa virginale rêverie. — Je remarquai pourtant où le trait de Cupidon tomba : — il tomba sur une petite fleur d’Occident, — autrefois blanche comme le lait, aujourd’hui empourprée par sa blessure, — que les jeunes filles appellent Pensée d’amour. — Va me chercher cette fleur ; je t’en ai montré une fois la feuille. — Son suc, étendu sur des paupières endormies, — peut rendre une personne, femme ou homme, amoureuse folle — de la première créature vivante qui lui apparaît. — Va me chercher cette plante : et sois de retour — avant que Léviathan ait pu nager une lieue.


PUCK

— Je puis faire une ceinture autour de la terre — en quarante minutes.

Il sort.