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LYSANDRE

— Je tiendrai parole, mon Hermia. Adieu, Héléna. — Puisse Démétrius vous rendre adoration pour adoration !

Sort Lysandre.



HÉLÉNA

— Comme il y a des êtres plus heureux que d’autres ! — Je passe dans Athènes pour être aussi belle qu’elle. — Mais à quoi bon ? Démétrius n’est pas de cet avis. — Il ne veut pas voir ce que voient tous, excepté lui. — Nous nous égarons, lui, en s’affolant des yeux d’Hermia ; — moi, en m’éprenant de lui. — À des êtres vulgaires et vils, qui ne comptent même pas, — l’amour peut prêter la noblesse et la grâce. — L’amour ne voit pas avec les yeux, mais avec l’imagination ; — aussi représente-t-on aveugle le Cupidon ailé. — L’amour en son imagination n’a pas le goût du jugement. — Des ailes et pas d’yeux : voilà l’emblème de sa vivacité étourdie. — Et l’on dit que l’amour est un enfant, — parce qu’il est si souvent trompé dans son choix. — Comme les petits espiègles qui en riant manquent à leur parole, — l’enfant Amour se parjure en tous lieux. — Car, avant que Démétrius remarquât les yeux d’Hermia, — il jurait qu’il était à moi : c’était une grêle de serments, — mais, aux premières ardeurs qu’Hermia lui a fait sentir, cette grêle — s’est dissoute et tous les serments se sont fondus… — Je vais lui révéler la fuite de la belle Hermia. — Alors il ira, demain soir, dans le bois — la poursuivre ; et, si pour cet avertissement — j’obtiens de lui un remercîment, je serai richement récompensée. — Aussi bien j’espère, pour payer ma peine, — aller là-bas, et en revenir dans sa compagnie.

Elle sort.