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bien, qu’après y avoir mûrement réfléchi. Parmi les raisons qui ont dû l’y déterminer, la plus puissante sans doute a été, selon moi, la nécessité de rétablir par la mort d’Hamlet l’équilibre moral violemment rompu par la mort de Polonius.

Quoi qu’il en soit, il est certain que l’auteur n’a fait sa conclusion qu’après y avoir longuement songé ; et la preuve nous en est donnée par la découverte littéraire de 1825. Nous savons maintenant qu’Hamlet a été pour Shakespeare ce que Faust a été pour Gœthe : la préoccupation de toute une vie.

Shakespeare a fait et refait son œuvre. Il a écrit le premier Hamlet, à l’âge de vingt et un ans, vers 1584 ; il a écrit le second Hamlet quinze ans plus tard, vers 1600. Il a eu quinze années pour réfléchir sur les changements à apporter à son drame, avant de le livrer à la postérité sous sa forme définitive. Or, le dénoûment que tant de critiques ont reproché à Shakespeare se trouve tout entier dans le premier Hamlet. Si le poëte eût été de l’avis de ces critiques, qui l’empêchait, lorsqu’il refit son œuvre en 1600, d’en corriger la conclusion défectueuse ? Mais non ! Shakespeare y met un entêment singulier. Loin de renier ce dénoûment de jeunesse, il l’adopte à jamais, il nous le montre grandi encore et revêtu pour toujours de toutes les splendeurs de son style viril. Dans le second Hamlet, il ajoute même à la solennité du duel final, il le prépare par une scène nouvelle, et il crée Osric tout exprès pour en régler les conditions.

Pour bien se rendre compte de ce que je dis, le lecteur n’a qu’à comparer lui-même le premier Hamlet et le second Hamlet qu’il trouvera ici pour la première fois traduits et réunis dans le même volume. Cette comparaison est infiniment curieuse, en ce qu’elle nous permet de pénétrer jusqu’au fond la pensée du