Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1865, tome 1.djvu/43

Cette page a été validée par deux contributeurs.

de William. Et où sont donc les autres ? Will a encore une petite sœur et deux petits frères. Où est Jeanne ? où est Richard ? où est Edmond ? où se sont-ils fourrés, ces enfants ? Eh bien, regardez avec attention, vous les trouverez sous la cheminée même, blottis dans les deux niches pratiquées à droite et à gauche du foyer.

Ainsi, la réunion est au complet, la porte est bien fermée, la fenêtre bien close. Rien n’empêche que la lecture commence. Cette lecture doit être faite à haute voix, et c’est Gilbert qui s’en charge, car Gilbert a un grand goût pour la déclamation et une grande envie d’être comédien. On recommande aux petits d’être sages et de ne pas faire de bruit. Gilbert prend le livre que Will vient d’acheter : c’est un recueil de nouvelles et de légendes, traduites du français. Parmi ces récits arrangés et classés par le célèbre conteur Belleforest, Gilbert n’a qu’à choisir. Il ouvre le volume au hasard et lit avec un accent solennel :


HISTOIRE CINQUIÈME.
Avec quelle ruse Amleth, qui depuis fut roi de Danemark, vengea la mort de son père Horwendille, occis par Fengon, son frère, et autre occurrence de son histoire.


Ce titre intéressant émeut la curiosité générale. La lecture de l’histoire est demandée par tous, et Gilbert continue en ces termes :

« Longtemps auparavant que le royaume de Danemark reçût la foi de Jésus et embrassât la doctrine et saint lavement des chrétiens, comme le peuple fut assez barbare et mal civilisé, aussi leurs princes étaient cruels, sans foi ni loyauté, et qui ne jouaient qu’aux boutehors, tâchant à se jeter de leurs siéges ou à s’offenser, fût en la robe ou en l’honneur et le plus souvent en la vie, n’ayant