Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1865, tome 1.djvu/255

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

Guildenstern ? Ah ! Rosencrantz ! Braves enfants, comment vous trouvez-vous ?


ROSENCRANTZ

Comme la moyenne des enfants de la terre.


GUILDENSTERN

Heureux, en ce sens que nous ne sommes pas trop heureux. Nous ne sommes point l’aigrette du chapeau de la fortune.


HAMLET

Ni la semelle de son soulier ?


ROSENCRANTZ

Ni l’une, ni l’autre.


HAMLET

Alors, vous vivez près de sa ceinture, au centre de ses faveurs.


GUILDENSTERN

Oui, nous sommes de ses amis privés.


HAMLET

Dans les parties secrètes de la fortune ? Oh ! rien de plus vrai, c’est une catin… Quelles nouvelles ?


ROSENCRANTZ

Aucune, monseigneur, si ce n’est que le monde est devenu vertueux.


HAMLET

Alors le jour du jugement est proche ; mais votre nouvelle n’est pas vraie. Laissez-moi vous faire une question plus personnelle : qu’avez-vous donc fait à la fortune, mes bons amis, pour qu’elle vous envoie en prison ici ?


GUILDENSTERN

En prison, monseigneur ?


HAMLET

Le Danemark est une prison.


ROSENCRANTZ

Alors le monde en est une aussi.