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à l’orthographe près. L’antipathie immémoriale des deux idiomes a été telle, qu’en 1095 les normands déposèrent Wolstan, évêque de Worcester, pour le seul crime d’être une vieille brute d’anglais ne sachant pas parler français. En revanche on a parlé danois à Bayeux. Duponceau estime qu’il y a dans l’anglais trois racines saxonnes sur quatre. Presque tous les verbes, toutes les particules, les mots qui font la charpente de la langue, sont du Nord. La langue anglaise a en elle une si dangereuse force isolante que l’Angleterre, instinctivement, et pour faciliter ses communications avec l’Europe, a pris ses termes de guerre aux Français, ses termes de navigation aux Hollandais, et ses termes de musique aux Italiens. Charles Duret écrivait en 1613, à propos de la langue anglaise : « Peu d’étrangers veulent se pener de l’apprendre. » À l’heure qu’il est, elle est encore saxonne à ce point que l’usage n’a frappé de désuétude qu’à peine un septième des mots de l’Orosius du roi Alfred. De là une perpétuelle