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Haamanihi avait subi, non sans une impatience, l’intervention de l’inspiré dont les fâcheuses prophéties disloquaient parfois ses propres desseins. Il se hâta de faire crier l’heure des grands Parlers, en laissant défiler d’abord quelques haèré-po du commun. Mais nul n’écoutait ceux-là. Le grand-prêtre se réservait un discours plus ingénieux. Assis, les jambes repliées, sur la pierre du récitant, il commença de narrer, dans un silence, l’atterrissage à Tahiti-nui de la grande pirogue sans balancier ni rameurs dont le chef se nommait Uari. Elle précédait, de deux années, le navire de Tuti[1], et c’était, vraiment, la première de son espèce : des aventures étonnantes s’en suivirent :

— « Cette pirogue était lourde et chevelue. Les hommes de Matavaï pensèrent à l’arrivée d’une île voyageuse.

» Ainsi jadis avait flotté, vers Tahiti-nui, la terre Taïarapu, que les gens du rivage, munis de fortes tresses du roa, purent tenir et amarrer à la grande Tahiti.

» Comme les riverains pagayaient vers la haute pirogue pour y jeter des feuillages de paix, l’on entendit un bruit de tonnerre : sur le récif, un homme tomba.

» Il n’avait pas reçu de pierre ; pas de lance à tra-

  1. Uari : Wallis, 1767.
    Tuti : Cook.