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même était assez familière. Et toute la foule rit avec elle : Pourquoi donc inventer de tels mots extravagants, pour signifier une si ordinaire aventure ? Les noms maori ne manquaient point là-dessus, et renseignaient davantage !

Mais le Tribunal gardait sa majesté. Si la chose semblait banale quand on lui donnait ses appellations coutumières, elle n’en restait pas moins détestable aux yeux de Kérito, qui l’avait marquée de ce nom de mépris : Fornication. Dès lors, elle relevait de la Loi, partie dix-neuvième, où il est dit : « La Fornication sera punie de travail forcé pour un temps déterminé, fixé par le Tribunal. Les coupables seront, en plus, obligés à dire le nom de ceux qui ont commis le crime avec eux. »

La femme ne riait plus ; bien qu’à vrai dire, la menace de « travail forcé » lui parût plaisante plutôt que redoutable : — et qui peut se vanter d’avoir contraint une fille à remuer ses doigts ou ses jambes quand elle veut dormir ? — Mais elle serrait la bouche, obstinée à ne pas dénoncer ses fétii. Alors, on la conduisit rudement à l’écart. D’autres la remplacèrent, craintives un peu, rieuses quand même : elles ne semblaient pas davantage comprendre l’impiété de leurs actes : on les sentait, au contraire, toutes fières de pouvoir accomplir chaque jour, et si aisément, une action dont se préoccupait la Loi !… — Un cri jaillit, de l’entour, suivi de plusieurs noms d’hommes jetés au hasard, précipités : la première