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tandis que la terre tourne


Les couleurs vibreront assez pour que l’on songe
Au reflet vacillant des nénufars dans l’eau,
Et les arbres seront comme un saule qui plonge
Sa chevelure triste au soir dans un ruisseau.

Le sable qui s’effrite aux cieux de crépuscule
Ouatera les chemins bordés de noirs iris
Aux pas aériens de sylphes somnambules,
Qui marcheront suivis d’une file d’ibis.

Alors, sa tête d’or reposant sur les ailes
D’une chauve-souris, la lune descendra
Vers l’étang de moiteur aussi lumineux qu’elle
Pour tracer de sa griffe un pli sur ce front ras,

Tandis que déroulant son écharpe sonore
Qui se dégagera d’un clocheton déclos,
La dolente chanson d’un bonheur qui s’ignore
S’étendra lentement sur le sommeil de l’eau.