Page:Sandeau - Sacs et parchemins.djvu/294

Cette page a été validée par deux contributeurs.


cœur se révolter ou défaillir, en songeant que mon fils, un La Rochelandier, prêtera l’appui de son nom à un trône devant lequel aucun de ses aïeux n’eût courbé le front ni fléchi le genou. Il me semble parfois que les portraits de ses ancêtres me regardent d’un air irrité ; je crois voir parfois leurs lèvres s’entr’ouvrir pour me reprocher mon indigne faiblesse.

— Autres temps, autres mœurs, madame la marquise. Quand ils vivaient, les ancêtres de M. Gaston en faisaient à leur tête ; ils sont morts, qu’ils trouvent bon que M. Gaston en fasse à la sienne. Je vous le demande, où en serait aujourd’hui le monde, si, depuis qu’il existe, chaque génération eût suivi servilement, pas à pas, les traces de la génération précédente ? Nous irions encore vêtus de peaux de bêtes. L’humanité n’est pas un écureuil en cage, un cheval borgne attaché à une manivelle. Tout change, tout se renou-