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faute, je n’étais pas là pour l’en empêcher), railleur à la manière du paysan, faisant volontiers la bête, mais assez subtil dans ses idées, en même temps qu’il est candide dans ses instincts et dans ses sentiments ; Pierrot, le cousin germain du Gilles, est le contraste récréatif avec le jargon des précieuses ridicules et des soubrettes madrées ; ce n’est pas un paillasse qui fait la cabriole, c’est un grand raisonneur qui procède par questions, et embarrasse l’esprit des autres, sans être embarrassé dans le sien propre. Il est logicien dans la sphère de ses pensées, et il pousse cette logique jusqu’à l’absurde, jusqu’à l’impossible. Les objets extérieurs l’étonnent ou le fatiguent. Mais il est artiste à sa manière, et raisonne du connu à l’inconnu, avec cette liberté d’esprit qui est le fait des enfants et des âmes rustiques.

Les beaux esprits du genre italien, qu’ils s’appellent Léandre. Octave, Cinthi, Isabelle, Colombine, le capitaine Cérimonia, ou signor Parafante, ou de mille autres noms (car, si l’on était plus érudit sur ces frivoles détails de la matière, on saurait que les types se modifient et se transforment à l’infini dans la comédie italienne en général), les beaux esprits du genre italien ont aussi un caractère propre que Molière n’a pas adopté précisément, et il a fort bien fait, lui qui mettait en scène des marquis et des précieuses de son propre pays. Ce caractère, qui ne sera jamais celui de notre esprit et de notre langage, mais qu’il est pourtant assez curieux de connaître, consiste dans une emphase exagérée d’expressions qui tombe immédiatement dans la platitude vulgaire. La phrase y est bariolée comme celle-ci, par exemple : Il faudrait être né sous une étoile bien acariâtre et n’être guère en bonne odeur auprès des astres pour ne vous plaire point. Molière a beaucoup atténué, et avec raison, l’ébouriffant de ces hyperboles.

Mais il ne s’agissait pas ici de faire ce que le génie seul peut faire, et les esprits de ma classe ne s’imposent pas de pareils devoirs. Ils ne prétendent pas à importer un nouveau goût des choses, à ressusciter un genre oublié, à transformer une école, à créer une langue. On ne leur attribue toutes ces