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qui me la dispute. Pourquoi se cache-t-il ? Il est donc bien lâche ?


NOËL.

Il n’est point lâche. J’ai failli m’empoigner aujourd’hui avec lui, oh ! mais de la belle manière !


PIERRE.

Aujourd’hui ?… Et je ne l’ai pas vu ?… Je ne le connais pas ? Oh ! il me craint, moi, alors !


NOËL.

Il ne te craint pas ! il t’aime !


PIERRE, se déchirant presque la poitrine, à part.

Il m’aime !… Ah ! j’en étais sûr, c’est lui !


NOËL.

Voyons ! le beau malheur que d’être refusé par une femme ! Pour en avoir dix, il faut en demander cent. C’est le métier d’un galant compagnon, d’être mis à la porte d’un cœur, pourvu qu’un autre cœur lui ouvre la fenêtre ! Tu crois peut-être que ça ne m’est jamais arrivé, à moi, de perdre mes pas et mes soupirs ? Bah ! j’ai passé par là tout comme les autres.

P


PIERRE, abattu et fâché.

Enfin, tu dis que c’est lui ? tu en es sûr ? ils l’ont avoué ?


NOËL.

Je n’ai nommé personne. Mais, la… voyons ! veux-tu faire comme j’ai fait une fois ?


PIERRE.

Comment t’es-tu vengé ?


NOËL.

Oh ! oui-da ! écoute ! Tu sais comme Jardinet est mon ami et mon camarade ? Eh bien, il en contait sous mon nez à la petite… (Avec ostentation.) Je ne veux pas la nommer ! J’y voyais que du feu. Un beau matin, l’idée me vient… « Jardinet, que je lui dis, c’est pas tout ça, tu me trahis ! — Bah ! qu’il me répond, ça n’est pas trahir. Les cœurs, c’est pas comme l’argent, ça se dérobe entre amis ; ça ne compte pas… Tu me rendras la pareille une autre fois. » Ah ! dame ! ça n’a pas manqué, et, depuis lorsse, ce garçon-là donnerait son sang