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habiter la maison qu’il tient de sa défunte mère. C’est une idée qu’il a ! Fâcheuse idée ! Que va-t-on penser de moi dans la paroisse ? On dira que je suis un mauvais père, puisque mon fils est las de ma compagnie ! Que sais-je ? quand on a tant d’envieux autour de soi ! Et puis ne plus se voir à toute heure, ne plus manger à la même table ! avoir tout le village à traverser pour se dire un mot, ne plus s’endormir et se réveiller sous le même toit ! Et quand ma fille sera mariée, je vivrai donc tout seul, moi, ici ? De quoi me servira d’avoir une belle maison, de l’opulence, du mobilier ?… À propos, Suzanne, fais-lui porter des meubles, beaucoup de meubles… du linge, tout ce que nous avons de mieux, puisque monsieur veut être chez lui, à présent !


SUZANNE.

Eh ! mon Dieu, pourquoi cela ? quand je venais de le laisser si tranquille !

Reine vient sur la porte et écoute.

BIENVENU.

Il ne t’a rien dit, n’est-ce pas ? Eh bien, il est entré dans le bâtiment où je faisais tout préparer pour la cérémonie de l’inauguration de mon pressoir… Ça me fait penser que je viens vous chercher pour ça… Mais je n’y ai plus la tête !… « Mon père, qu’il a dit, s’il vous plaît, deux mois sur la porte. » Et alors : « Adieu, mon père ; il faut que je quitte votre maison ; j’y souffrirais trop ; j’y serais ridicule. J’y reviendrai quand… cette jeune fille n’y sera plus. »


VALENTIN.

Reine ? Mais où donc pense-t-il qu’elle puisse aller ?


BIENVENU.

Il pense… il pense… je ne sais plus, moi. « Soyez aussi courageux que moi, mon père, a-t-il dit : ou plutôt, donnez-moi l’exemple de la générosité, comme vous avez toujours fait. Mariez cette jeune fille à son idée… Je l’oublierai plus vite en ne la voyant plus si souvent ! »