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Page:Sand - Theatre complet 1.djvu/8

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ennuie souverainement, et, dans tout ce qui amuse réellement, même sous la forme la plus légère et la plus bouffonne, il y a un fonds de critique sérieuse, n’en doutez pas, témoin Robert Macaire, dont l’interdiction a été, suivant nous, un fait de pruderie très-mal entendu. Défense fut faite, ce jour-là, de tuer l’escroquerie par le ridicule, la plus mortelle de toutes les armes françaises.

Malgré l’évidence banale des vérités que nous venons de rappeler, une grande erreur s’est glissée dans la moderne littérature dramatique : c’est le besoin d’attirer le public en vue de toute autre chose que de parler à ses bons instincts. Pour bon nombre d’auteurs, de comédiens et de directeurs de théâtre, il ne s’agit plus que de découvrir la fibre du succès d’argent. Cela se conçoit de reste et ne nous indigne pas autant que les gens qui ne connaissent pas la situation des choses derrière la rampe. L’auteur qui n’obtient pas le succès d’argent ne trouve plus que des portes fermées dans les directions de théâtre. Le comédien qui ne fait pas recette est bientôt remercié. Le directeur qui n’est pas payé de ses dépenses est ruiné et parfois déshonoré. Dans un temps d’activité extraordinaire, comme celui où nous vivons, il faut plus que jamais réussir : l’erreur n’est donc pas de vouloir réussir.

Mais vouloir réussir sans méthode et sans conviction, c’est écrire sur le sable et bâtir sur le vent ; c’est ce qui arrive aujourd’hui à nombre de théâtres que l’on qualifie d’heureux ou de malheureux, parce que la pensée qui les guide est complétement livrée au hasard, et que le hasard seul les vide ou les remplit. On s’est tellement habitué à ne plus compter sur la valeur des choses littéraires, qu’on entend dire à chaque instant aux gens de théâtre : « Ceci est bon, mais n’aura pas de succès. — Cela est stupide, mais réussira. » Ou bien encore, en parlant de situations impossibles ou de dénoûments absurdes : « Notre public aime ces choses-là. » Ou bien : « C’est trop bien écrit ; le public n’écoute pas ce qui est bien écrit. » Ou bien : « Ne faites pas de grands caractères, le pu-