Page:Sand - Theatre complet 1.djvu/440

Cette page n’a pas encore été corrigée





Scène VII


MOLIÈRE, MADELEINE.




MADELEINE.

Causer, Molière ? Ne vous serait-il pas meilleur de reposer votre poitrine en ce moment-ci ?


MOLIÈRE.

Ma chère, il n’est plus temps de se ménager quand l’heure approche où il faut régler ses comptes avec la terre, et les comptes du cœur et de la conscience sont les plus pressants.


MADELEINE.

Êtes-vous donc frappé de l’idée… ?

Elle ne peut achever.

MOLIÈRE, lui prenant la main et souriant.

Je ne suis frappé d’aucun pressentiment. Ne. vous affligez point. Je me suis vu si souvent à deux doigts de la mort, qu’elle ne m’effraye plus. Je sais qu’en lui faisant bonne contenance, à cette camarde, on la force quelquefois à reculer et à suspendre ses coups. J’espère que, cette fois encore, nous la mettrons hors de notre logis ; mais elle ne se lassera point, elle est fort importune, et, puisqu’elle doit prochainement se présenter, soyons prêts à la suivre de bonne grâce, quand ce sera la volonté de Dieu.


MADELEINE.

Avez-vous quelques ordres à me donner ?


MOLIÈRE.

Oui, mon amie ; mais, auparavant, laissez-moi vous faire une question. Dans le cours de notre longue et paisible amitié, m’est-il arrivé, à mon insu, de vous causer quelque peine ?


MADELEINE.

Pourquoi cette demande ? Je n’eus jamais qu’à me louer de votre protection.


MOLIÈRE.

Ma protection ! ce mot-là me condamnerait ! c’est du respect que je vous devais, c’est de la vénération.