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l’attendre avant que de me rendre au jeu du roi. Ah ! monsieur Brécourt, je suis navré.


BRÉCOURT.

Et moi aussi, monseigneur. C’est cependant une pièce bien mordante et bien gaie que celle de ce soir ?


CONDÉ.

Oui certes, le Malade imaginaire est encore un chef-d’œuvre comique, où l’étude des mœurs et la critique de l’humaine faiblesse se poursuivent sous les dehors d’une folle gaieté. Mais je n’y ai point ri. J’avais le cœur serré de douleur. Ah ! railler ainsi son propre mal, monsieur Brécourt, c’est le courage du stoïque ou du martyr !


BRÉCOURT, tristement.

C’est le courage du comédien !


CONDÉ.

Cette scène est lugubre, où Orgon fait le mort !


BRÉCOURT.

Et ce mot que Molière affecte de dire d’une façon si plaisante et qui fait tant rire le public : « Mais n’y a-t-il point de danger à contrefaire ainsi le mort ? »


CONDÉ.

Et, lorsque cette feinte mort devait finir dans la pièce, il m’a semblé qu’il faisait un grand effort dans la réalité pour revenir à la vie.


BRÉCOURT.

Madeleine Béjart, qui faisait Toinette, a été forcée de le secouer, et je l’ai vue pâlir, cette malheureuse fille, sous le fard qui couvrait ses joues et sous le rire qui contractait son visage.


CONDÉ.

Brécourt ! j’ai vu quelque chose de plus affreux encore, et qu’ont remarqué comme moi les personnes assises près de moi sur les côtés de la scène. Dans la cérémonie bouffonne, Molière semblait étrangement souffrir, et, quand il a prononcé Juro pour la seconde fois, une écume sanglante est venue sur ses lèvres.