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Page:Sand - Theatre complet 1.djvu/425

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MOLIÈRE, avec dignité.

Non, Armande, vous ne souffrirez plus, c’est moi qui vous le jure. Je saurai éteindre en moi une passion que l’amitié conjugale ne comporte point selon vous, et, me fiant à mes principes, je ne vous alarmerai plus de ma jalousie. Songez, de votre côté, je ne dis point à ménager ma susceptibilité, pour laquelle je ne veux plus de grâce, mais à renfermer votre conduite apparente dans les bornes de vos vrais devoirs. Je sais qu’en vous parlant de retraite et de simplicité, je ne m’attire point vos bonnes grâces. Mais, avant que d’être amant, je suis époux et père. J’ai charge de votre réputation que vous ne préservez point assez de mauvais propos, j’ai charge de l’éducation de ma fille, à laquelle il faut de bons exemples. Je vous adjure donc, ma femme, non point par amour, mais par votre conscience, de supporter l’ennui d’une vie plus sédentaire. J’aurais le pouvoir de vous y contraindre ; mais je hais l’esclavage pour les autres comme pour moi-même, et, abjurant mon droit, je vous parle au nom de nos communs devoirs.


BARON, vivement, bas, à Armande.

La mort est sur son visage ! soumettez-vous !


ARMANDE.

M’y aiderez-vous ?


BARON.

Oh ! de toute mon âme !


ARMANDE, allant à Molière et regardant Baron de temps en temps.

C’est ainsi qu’il eût fallu me parler dès le commencement. La voix de la raison est toute-puissante sur un esprit calme comme le mien, et j’y cède en toute humilité. Molière, je vous consacre désormais tous mes soins et vous demande de me pardonner le mal que je vous ai fait souffrir.

Elle s’agenouille.

MOLIÈRE.

Viens sur mon cœur ! Ce ne sont point tes soins que je réclame pour contenter mon égoïsme, c’est ta fille et ta bonne renommée dont je te confie la garde à toi-même.