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J’ai engagé un combat terrible ! Prenez-y quelque intérêt, si vous voulez que j’aille jusqu’au bout.


ARMANDE.

Vous voulez que je répète cette scène avec vous ? Je la sais de reste !


MOLIÈRE.

Nous ne l’avons jamais répétée ensemble, et vous venez la jouer à l’improviste.


ARMANDE.

J’allais pour l’étudier hier à Auteuil, je n’y ai point été admise.


MOLIÈRE.

Je n’ai point refusé de vous voir, j’étais souffrant, agité, mécontent, je ne vous demandais que quelques moments pour me recueillir et me calmer. Nous allions revenir ensemble à Paris. Vous partez seule, exaspérée ! Au lieu de descendre chez vous, vous allez prendre gîte chez votre mère, comme si vous aviez horreur du toit qui m’abrite ! Enfin, vous me laissez jusqu’au dernier moment dans le doute si vous jouerez votre rôle dans ma pièce, quand vous savez qu’elle est perdue sans vous !… Vous arrivez au moment que le rideau va lever, vous ne me demandez aucune explication du désaccord de la veille, vous m’en procurez une fort pénible et fort déplacée avec M. le Prince ; et, quand je vous prie de mettre un habit plus convenable, vous me marquez un dépit extrême… Armande, mon sort est rude, j’y succombe, et je ne trouve en vous nul appui, nulle consolation !


ARMANDE.

Allons ! répétons-la donc, cette scène de comédie qui vous tient au cœur plus que moi !


MOLIÈRE.

Qui me tient au cœur ! hélas ! ne me parlez point de mon cœur, vous ne savez rien de ce qui s’y passe !


ARMANDE.

Oh ! je sais que j’y suis noire de crimes !