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Page:Sand - Theatre complet 1.djvu/405

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cœur comme le sien n’a pas réchauffé le vôtre ! Vous ne voyez en lui qu’un mari quelconque, un homme pareil aux autres hommes ! Malheureuse femme ! si la postérité te juge, elle te condamnera, quelque aimable et sage que tu puisses être d’ailleurs. Elle dira que la femme de Molière n’a point aimé Molière, et ce sera un crime aussi grand à ses yeux que si tu l’avais trahi ! Voilà ce que tu n’as point compris, ma pauvre sœur ! Toi, si avide de gloire, tu as cru que son nom suffirait à te rendre illustre ; mais tu n’as point vu qu’il t’imposait la tâche de le rendre heureux !


ARMANDE.

Ma sœur, je pourrais vous répondre que votre présence assidue et vos empressements autour de mon mari rendent les miens inutiles et découragent mes bonnes intentions.


MADELEINE.

Je ne vous entends point.


ARMANDE.

Vous m’entendez trop, car vous rougissez ! Regardez au fond de votre cœur, Madeleine Béjart, et vous verrez s’il n’y a pas plus d’une manière d’être coupable. Il se peut bien que je sois criminelle de ne point assez aimer Molière ; mais il se peut aussi que vous le soyez davantage de l’aimer plus que ne le fait sa propre femme.


MADELEINE.

Oh ! dureté profonde ! cœur amer ! langue empoisonnée !… C’en est trop ! Armande ! Armande ! je n’ai pas la force de vous répondre… Je vois bien que vous voulez me chasser d’ici. J’obéirai ; mais, au nom du ciel, remplacez bien auprès de Molière les amis que vous lui faites perdre. Rendez-le heureux, aimez-le, je vous le demanderais à genoux si je vous savais capable de m’écouter.

Elle veut sortir. Duparc la retient dans ses bras, et s’adresse avec animation à Armande.

DUPARC.

C’en est trop et j’éclate à la fin ! Il faut que vous n’ayez