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Ah ! vous ne croyez à rien, vous n’estimez personne, vous ne respectez aucune chose !


ARMANDE.

Oh ! sans doute : je suis bien sacrilège de deviner que les hommes ne blâment et ne décrient que les femmes qu’ils convoitent.


BARON.

Oh ! vous avez l’art détestable de noircir tout ce que votre œil regarde, et vous feriez douter d’elles-mêmes les consciences les plus fermes. Mais, pour ne vous point confirmer dans de pareils soupçons, je sors d’ici pour n’y rentrer jamais. Adieu, madame !


ARMANDE, sèchement.

Pardonnez-moi, vous resterez, Baron.


BARON.

Non, certes !


ARMANDE, riant, avec coquetterie.

Vous resterez, vous dis-je.


BARON.

Vous le croyez ? vous pensez me retenir ici malgré moi, pour vous servir de risée, pour vous donner le plaisir d’avilir à votre gré un cœur honnête en le rendant parjure et traître à son meilleur ami, et en le flattant d’espérances que vous savez bien ne vouloir jamais favoriser ?


ARMANDE.

Voilà donc, enfin, le grand mot lâché, Baron ! Si vous aviez de l’espérance, vous resteriez apparemment, et trouveriez autant de belles paroles, pour faire broncher ma vertu, que vous en avez maintenant au service de la vôtre. (Baron, outré, veut sortir ; elle le retient.) Voyons, Baron, nous disons là des folies. Dieu merci ! nos âmes valent mieux que nos discours, et nous sommes d’anciens amis qu’une plaisanterie ne doit point désunir. Je rends justice à vos bons sentiments ; connaissez mieux les miens. Je veux guérir Molière de sa jalousie, je veux essayer de me soumettre à la rigidité de ses goûts et de ses habitudes ; je renonce aux amusements du monde,