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Page:Sand - Theatre complet 1.djvu/393

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Scène V


Les Mêmes, BRÉCOURT, DUPARC, BARON.




BRÉCOURT, embrassant Molière.

Nous te venons apporter une bonne, une grande nouvelle pour le jour de ta fête. Ducroisy et La Thorillière sont revenus du camp du roi cette nuit.


MOLIÈRE.

Ah ! vraiment ? déjà ?


BRÉCOURT.

Ils sont venus frapper à notre porte en nous disant que, rompus de fatigue, ils allaient se mettre au lit, mais qu’ils nous chargeaient de t’apporter la permission de jouer Tartufe devant les Parisiens, et la voici !


MOLIÈRE

Enfin ! Ah ! mes amis, quelle affaire dans ma pauvre vie que ce Tartufe !


DUPARC.

Je te l’avais bien prédit que cela tournerait à mal, et que tu serais abandonné du roi lui-même !


MOLIÈRE.

Qui l’eût pu croire, qu’un roi si puissant, si absolu, et que l’on traitait comme un dieu, aurait moins de pouvoir en son royaume qu’une bande de frénétiques enragés d’hypocrisie et de vengeance ! Mais ne nous plaignons plus, puisqu’à la fin justice nous est faite, et que voici l’ordre de jouer, signé de la main du roi !


DUPARC.

Il est bien temps, après des années d’oubli ou de lâcheté ! Ton grand roi, Molière, est un Tartufe lui-même.


BRÉCOURT.

Tout beau ! Duparc, le roi…


DUPARC.

Eh ! morbleu ! laissez-moi parler comme je veux. Tout le danger y est pour moi, si vous avez ici des espions !