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votre billet doux ! (Elle ouvre le billet et le lit en s’accoudant nonchalamment sur la cheminée.) « Non, vous n’aimez point, vous n’aimerez jamais Molière, n’est-ce pas ? Il ne vous aime pas non plus, lui ! il est trop grave pour vous, vous êtes trop jeune pour lui. Croyez à un jeune cœur rempli d’espoir et de courage. Je ne suis rien encore ; mais mon amour me fera atteindre la gloire et la fortune si vous m’encouragez ! etc., etc. » C’est très-joli, tout cela ; mais Molière serait peu flatté du respect que vous me conseillez de porter à sa gravité.


BARON.

Offenser, dénigrer Molière ! Oh ! telle n’est pas mon intention. Je m’efforçais de me prouver à moi-même que cette passion qu’on dit qu’il a pour vous n’était qu’une supposition… C’était pour raffermir ma conscience, effrayée peut-être, que je vous écrivais de la sorte… Tenez, Armande, décidez de moi ! S’il est vrai qu’il vous recherche…, renvoyez-moi, désespérez-moi tout de suite ! Il ne faut qu’un mot pour cela. Je sens que je vous aime, malgré moi, plus que je ne devrais, que je vous aime plus que Molière !… Et cependant je sais que je dois chérir Molière plus que moi-même et n’être point jaloux, mais content de son bonheur !… Oui, aimez-le, Armande ! Il est si bon, lui ! Aimez-le ! J’en serai bien heureux, moi !

Il fond en larmes.

ARMANDE, surprise, le regardant. — À part.

Ouais ! voilà un bon cœur bien aimant ! (Haut.) Allons, allons, mon cher Baron, un peu de courage, surtout devant les gens ! Vous laissez trop voir vos sentiments pour moi, et Molière finira par s’en apercevoir.


BARON, tressaillant.

Vous craignez donc Molière ?


ARMANDE.

Oh ! je ne crains personne ! Mais je ne veux pas vous brouiller avec lui, comme vous disiez tout à l’heure.


BARON.

Il vous aime donc, lui ?