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Page:Sand - Theatre complet 1.djvu/361

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petit chef de troupe courant les campagnes et jouant dans les granges plus souvent que dans les châteaux ! On vous rebutait, on vous rompait en visière, on vous traitait de bourru ! Et Dieu sait cependant que vous ne l’étiez point dans ce temps-là, pauvre cher homme ! Et, à présent que vous l’êtes devenu un peu, on vous flatte, on vous ménage.


MOLIÈRE.

Tu dis que je suis devenu bourru ?


PIERRETTE.

Oh ! ce n’est point que je vous en veuille pour ça ! vous avez tant de mal ! Tenez, vous avez l’air fatigué.


MOLIÈRE.

J’ai l’air fatigué ? Donne-moi donc mes boîtes, que je m’arrange la figure.


PIERRETTE.

Eh ! pas encore ! votre fard serait tout tombé avant que vous entriez en scène. Voyons, tenez-vous donc un peu tranquille. Asseyez-vous sur ce fauteuil. Étendez vos jambes. Savez-vous qu’il y a douze jours que nous sommes ici en fêtes et que vous n’avez point eu trois bonnes heures pour dormir par chaque nuit ?


MOLIÈRE.

Qu’est ce que cela fait ? Me prends-tu pour un vieillard ? Parce que tu as vingt-cinq ans, toi, comme Armande !


PIERRETTE.

Vous n’êtes pas vieux ! mais vous avez la quarantaine, et vous n’êtes point jeune !


MOLIÈRE.

J’espère que si !


PIERRETTE.

Mais non !


MOLIÈRE.

Mais si, te dis-je ! Tairas-tu ta peste de langue !


PIERRETTE.

Ah ! voilà que vous devenez bourru !