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Page:Sand - Theatre complet 1.djvu/315

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ment triste et solennelle. Un mot navrant, un mot historique résume cette vie près de s’éteindre : Mais, mon Dieu, qu’un homme souffre avant de pouvoir mourir ! On pourrait ajouter que plus cet homme est grand et bon, plus il souffre. — Voilà tout ce qui m’a frappé dans Molière, en dehors de tout ce que le monde sait de sa vie extérieure et de tout ce qu’on eût pu inventer ou présumer autour de lui. Vous eussiez trouvé moyen, vous, de montrer l’intérieur et l’extérieur de cette grande existence, et vous le ferez quand vous voudrez. Moi, je me suis contenté de ce qui me plaisait. J’ignore si le public s’en contentera, car je vous écris ceci, une heure avant le lever du rideau. Mais le mécontentement du public ne me découragerait nullement. Je me dirai, s’il en est ainsi, que la faute est dans la nature incomplète de mon talent, et non dans le but que je me suis proposé.

Ce but, je tiens à le constater et à vous le dire : vous avez monté l’action dramatique à sa plus haute puissance, sans vouloir sacrifier l’analyse psychologique ; mais, en voulant faire comme vous, on a sacrifié cette seconde condition essentielle, parce qu’il faut être très-fort pour mener de front les deux choses. Je ne veux pas vous imiter, je ne le pourrais pas, et j’aurais mauvaise grâce à trouver trop vert le raisin luxuriant que vous avez planté et fait mûrir. Je veux faire de mon mieux dans ma voie, et je serais désolé que quelques-uns crussent devoir m’imiter dans mes défauts. Si le théâtre devenait exclusivement une école de patiente et calme analyse, nous n’aurions plus de théâtre ; mais ces mêmes défauts, si on s’habitue à me les pardonner et à prendre en considération mes efforts pour ramener la part d’analyse qui doit être faite, auront produit un bon résultat. La grande difficulté de nos jours, c’est d’analyser rapidement. Nos pères n’étaient pas sceptiques et raisonneurs comme nous : leurs caractères étaient plus d’une pièce, beaucoup de croyances et, par conséquent, de sentiments et de résolutions, n’étaient pas soumis à la discussion. Aujourd’hui, nous sommes autant de mondes philosophiques que nous sommes d’individus pensants. Un