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Page:Sand - Theatre complet 1.djvu/210

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JEAN.

Et moi aussi, Mariette, je vas tout vous raconter.


SÉVÈRE.

J’aurai l’avance.


MARIETTE.

Ce n’est pas la peine ; si votre neveu a donné de l’argent, c’est vous qui l’avez reçu, et j’estime la chose aussi mauvaise d’un côté comme de l’autre.


SÉVÈRE, avec volubilité.

Ce n’est pas ce que vous croyez, ma mignonne. Voilà un imbécile qui est venu me trouver un beau matin, en me disant : « J’ai vu Mariette Blanchet, elle me convient, je voudrais être son mari. — Eh bien, mon garçon, que je lui dis, la fortune emboîte la sienne, ça pourrait s’arranger. — Oui, fit-il, mais je ne suis point hardi, et, quand je n’ai point appris mes compliments par cœur, j’ai la langue un peu épaisse. »


JEAN.

Oh ! vous ne l’avez point, et si, fait-elle plus de bruit que le battant d’une cloche.


SÉVÈRE.

Tais-toi ; je dis la chose comme elle est. « Sur ce, que je lui dis, je parlerai pour toi, et je le ferai entrer en connaissance avec cette jolie fille. — Oui, ma tante ; mais il y a d’autres galants qui en veulent ; vous serez obligée de les éconduire, ce qui vous fera des ennemis ; je veux vous dédommager, voilà cent pistoles qui seront pour vous, si vous lui dites du bien de moi et du mal des autres. »


MARIETTE.

Et c’est ce que vous avez fait.


SÉVÈRE.

Je ne l’ai fait que par amitié pour lui, et je n’ai voulu accepter que cinq cents francs, non pas comme une condition, mais parce que j’avais des embarras.


JEAN.

Laissez donc ! vous avez déjà reçu, dans l’année, plus de trois mille francs de tous les autres prétendants de Mariette.