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Et vous, mon ami, vous avez mis, à relier et à marier dans un doux tableau tous ces talents et toutes ces grâces, l’intelligence du cœur. C’est pour cela que le public attendri ne s’est pas demandé s’il y avait là un auteur et une pièce. Il a vu de bons paysans et un intérieur rustique, il s’est laissé gagner à un sentiment de bonhomie et de candeur qui est au fond du cœur humain, et qui se retrouve même dans les temps agités et malheureux. Hélas ! c’est là qu’on a le plus besoin de prendre à deux mains ce pauvre cœur que Dieu a fait tendre et faible, que les discordes civiles rendent amer et défiant. En interrogeant ses palpitations, chacun devrait se dire avec, la naïveté berrichonne : « Mon Dieu, je suis pourtant bon ; d’où vient donc que je suis méchant ? »

L’auteur doit des remercîments à la critique des journaux, qui s’est montrée, comme le public, portée à la bienveillance, et désarmée de ses préventions personnelles devant un essai sans audace et sans prétention. Une de ces critiques contenait quelque chose de très-vrai et que je crois utile de rappeler. Elle a dit que le paysan était intéressé par habitude, généreux et dévoué par occasion ; qu’il se rendait aux bonnes raisons et savait alors se résigner, se sacrifier même, avec plus de calme et de grandeur que les gens éclairés ; que nous attachions, nous autres, enfants du siècle, plus d’importance à nos passions qu’elles n’en méritaient réellement, et qu’à cause de cela nous n’avions pas dans le sacrifice la simplicité antique, le stoïcisme religieux de l’homme des champs. Cela est parfaitement vrai. Mais ce n’est pas exclusivement vrai pour le paysan. Cela est généralement vrai pour le peuple. Donnez-lui de bonnes raisons, donnez-lui l’éducation du cœur, et vous verrez comme le bon grain germera dans la bonne terre. Il n’y a pas de mauvaise terre, les agriculteurs vous le disent : il y a des ronces et des pierres, ôtez-les ; il y a des oiseaux qui dévorent la semence, préservez la semence. Veillez à l’éclosion du germe, et croyez bien que Dieu n’a rien fait qui soit condamné à nuire ou à périr.

Quant à vous, mon ami, qui avez des premiers lancé l’art