Page:Sand - Theatre complet 1.djvu/131

Cette page n’a pas encore été corrigée



LAFORÊT

C’est cela, je marquerai les endroits que je ne comprendrai point…


MOLIÈRE, s’interrompant.

Heureuse intelligence de ceux qui n’ont rien appris, et qui trouvent en eux-mêmes ces façons de dire dont notre langage fleuri et arrangé n’approche point ! Ah ! Laforêt, c’est toi qui es l’auteur de mes meilleures scènes !


LAFORÊT.

Point, mon maître ! Il faut encore que cela passe par votre griffonnage pour signifier quelque chose, et la vérité est qu’à nous deux nous avons beaucoup d’esprit.


MOLIÈRE, souriant et écrivant.

Tu trouves ?


LAFORÊT.

Oh ! d’abord, nous parlons d’une manière que tout le monde entend et qui n’écorche point les oreilles des chrétiens. Tous ceux qui vont ouïr vos pièces en reviennent charmés, de quelque étage qu’ils soient, et ce que le roi dit, que vous feriez rire les pierres, les gens comme moi le disent aussi et rient sans se faire prier. M’est avis, monsieur, que nous parlons beaucoup mieux que ces précieux et ces précieuses de cour que vous avez contrefaits si juste, qu’on croirait les entendre parler eux-mêmes.


MOLIÈRE, jetant sa plume.

J’ai fini. Quelle heure est-il ?


LAFORÊT.

Vous avez encore une heure ; mais vos comédiens n’arrivent point. Ah ! monsieur, nous voici comme le jour de l’Impromptu de Versailles, où personne ne savait son personnage, et où vous étiez si fort en peine, que vous en fîtes une maladie. Que ne donnerais-je point pour vous voir dehors de tout cela ! Un peu de la disgrâce du roi ne nuirait point à votre santé, croyez-moi.


MOLIÈRE.

L’Impromptu fut cependant fort bien joué et mes camarades