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pour une satisfaction toute personnelle, lorsque ma tante vint nous interrompre avec quelque dépit. L’excellente femme n’avait pas de jalousie pour ses filles ; elle croyait, de bonne foi, qu’Alban se faisait un jeu de me monter la tête pour se moquer de moi. Elle s’y prit maladroitement, et les quelques mots qu’elle lui dit pour lui reprocher son assiduité auprès d’une seule personne de sa famille furent entendus et mal interprétés. Alban lui-même s’y trompa. Il crut qu’on cherchait à l’engager, à le compromettre vis-à-vis de moi… Il répondit sèchement, sortit au bout d’un instant, et partit pour Paris le lendemain.

» Il s’y jeta dans la vie d’artiste, y mangea son avoir (l’héritage de sa mère), demanda ensuite ma cousine en mariage, fut refusé et perdu de vue entièrement par ma famille.

» Quant à moi, l’incident n’avait nullement troublé mon repos. Je me laissais toujours de bonne grâce plaisanter sur mon amitié mystérieuse pour Alban Gerbier. Cette amitié n’existait ni dans son cœur ni dans le mien ; je pouvais donc en rire.

» Je passai trois ans en Touraine, et, sur ces trois ans, deux hivers de trois mois à Paris. Je vis donc réellement le monde, et je dois dire que je ne le pris point en haine comme je m’y étais attendue. Je ne m’y jetais pas tout entière, comme mes cousines ; je n’allais pas au bal, et, en