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abîmer comme ça une si belle bâtisse ! Car le château, bien que très-vieux, est très-solide encore, et les ouvriers du pays disent qu’il ne serait plus possible d’établir une construction comme ça dans un pareil endroit. Mais c’est trop négligé ! N’avait-elle pas le moyen de faire reblanchir ses tourelles et ses murailles, que voilà aussi noires que le roc ? Et toutes ces herbes, toutes ces branches folles qui dégradent les portes et fenêtres ! Qu’est-ce qu’il en coûterait pour arracher et couper tout ça ? C’est bien triste, n’est-ce pas, d’abandonner une belle propriété ? Et pour quoi ? pour qui ? Est-ce que ça lui sera compté dans le ciel, d’avoir quitté un endroit qu’elle aimait, pour habiter un couvent où son pauvre cœur n’a pas été plus en sûreté qu’ailleurs ?

Nous ne devions pas rendre visite à mademoiselle d’Estorade. Comme elle ne recevait jamais personne à la campagne, cela eût pu surprendre les gens du château et être répété à la ville. Conformément à l’accord fait avec elle, nous devions donc la rencontrer à la promenade, et Narcisse, prenant son fusil et sifflant son chien, passa le premier pour me conduire au lieu du rendez-vous.

Je le suivis pas à pas, dans un sentier très-difficile, en remontant la Gouvre dans la principale de ces longues ravines dont j’ai parlé. Plus nous avancions, plus le tableau devenait sauvage et le sol inculte. La gorge, en se rétrécissant, ne permettait plus à aucune culture, à aucun