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vint de l’heure et du lieu de la rencontre, qui, pour les convenances, si redoutées en province, devait paraître amenée par le hasard.

— Allons ! dit Narcisse à Juliette en se retirant, vous nous pardonnez, n’est-ce pas, le chagrin… C’était pour vous sauver, voyez-vous ! Et, si vous ne m’en voulez pas, donnez-moi le bonsoir d’autrefois.

— La main ? dit mademoiselle d’Estorade avec un sourire de candeur triste et tranquille. Pas ici ; je ne le puis. Il y a des règlements que j’observe. Mais à Estorade, c’est différent : à Estorade, je suis libre, et je ne mettrai pas de sot scrupule à serrer la main d’un ami.

— À Estorade…, me dit Narcisse, rêveur, quand nous fûmes dans la rue.

— Eh bien, vous voilà heureux de revoir avec elle le pays de vos souvenirs ?

— Oui, oui, je le serais, si… Mais, voyez-vous, à Estorade, elle est libre, elle n’est plus religieuse ; elle y va quand elle veut ; elle n’a pas aliéné ses biens ; elle peut s’y rendre avec mystère et y serrer, dit-elle, sans scrupule, la main d’un ami… Tenez ! tenez ! tout cela veut dire qu’elle peut se marier, et qu’elle y songe ! Je suis bien sûr, à présent, qu’elle est aussi pure que l’enfant de quinze ans d’autrefois ; mais elle a une inclination qui est pire pour son bonheur qu’une intrigue. Elle veut épouser ce comédien ! Elle l’aime, en tout bien tout hon-