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que sa parole ressemblait à un chant. Son front avait une pureté exquise, et, bien qu’elle eût perdu la fraîcheur de la jeunesse (elle ne l’avait peut-être jamais eue), la candeur étonnante de son regard et de son sourire lui donnait, par moments, l’air d’un enfant. Quant à ses yeux, leur limpidité extraordinaire, leur expression de bonté chaste et confiante eussent suffi pour la rendre belle. Son regard est resté toujours dans ma mémoire comme une céleste lumière.

Elle nous reçut d’abord avec une extrême timidité, sans lever les yeux sur nous, sans savoir même lequel de nous deux était Narcisse, son ancien compagnon d’enfance. Il lui arriva même plus d’une fois de nous répondre : Oui, madame, et de se reprendre vite pour articuler avec effort ce mot de monsieur que ses lèvres semblaient avoir oublié.

Narcisse était encore plus embarrassé qu’elle. Il tournait son chapeau dans ses mains, et quel chapeau monumental ! Il n’osait s’asseoir, bien qu’on eût placé là des chaises à notre intention, et, tout à coup, il en prit une très-ancienne, très-haute et très-incommode, qui était contre la muraille, et sur laquelle, sans y être invité, il se percha, dans une contenance vraiment douloureuse.

Mademoiselle d’Estorade s’en aperçut, et prenant courage tout à coup, en personne chez qui l’obligeance et la bonté dominent toute répugnance, elle lui dit de sa voix douce, encore tremblante :