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tant qu’il avait pu le faire sans frustrer ses autres enfants. Le moment était venu où il ne le pouvait plus et ne le voulait plus ; son abandon était irrévocable.

Comme ce jeune homme me confiait sa vie avec beaucoup de candeur, se plaignant trop des autres et pas assez de lui-même, je ne me gênai pas pour lui dire ses vérités et lui donner tort contre sa famille, le public et la société. Il se laissa gronder, et, bien qu’il se défendît d’être perdu sans ressources, je vis qu’il était plus effrayé de l’avenir qu’il ne voulait l’avouer ; mais je vis aussi que mes sermons étaient inutiles ; que tout le monde lui avait déjà dit, en vain, tout ce que je lui disais, et qu’il avait cette mauvaise manière de s’aimer soi-même qui consiste à se faire tout le tort possible plutôt que de se refuser quelque chose.

J’avais peine à comprendre comment, dans cette vie manquée, par conséquent obscure et misérable la plupart du temps, il avait pu gaspiller un patrimoine assez rond, et s’endetter par-dessus le marché. Il eût été fort embarrassé de le dire lui-même ; mais je vis, à sa manière d’agir dans les petites choses, qu’en dépit de son mépris pour les provinciaux, une sorte d’ostentation provinciale, dont il avait peut-être pris le pli dans sa propre famille, l’entraînait au gaspillage. Ainsi, bien qu’il n’eût pas de quoi déjeuner, il jeta à la servante une gratification disproportionnée, pour le seul plaisir de faire ouvrir les