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drait volontiers plaisir au spectacle, mais qui craint d’être raillée par les connaisseurs.

Cependant cette salle timide parut se réveiller et s’enhardir lorsque mademoiselle Julia parut. Je reconnus sa voix dès les premiers mots qu’elle prononça, bien que cette voix, fort belle par elle-même, n’eût plus l’accent d’aigreur et de vulgarité qui me l’avait gâtée, un quart d’heure auparavant.

Julia était, en scène, une fort jolie personne ; sa taille surtout était remarquable. Elle avait de la grâce, une agilité dont elle faisait un peu abus, et un aplomb qui justifiait son succès un peu plus que ne faisait son talent. Elle avait ce qu’on appelle de grands moyens, mais peu de méthode, et il ne fallait pas l’examiner longtemps pour reconnaître en elle une créature bien douée, à qui manquait ce que l’on pourrait appeler la cheville ouvrière de l’âme, la conscience. Partant, point de persévérance, point de travail sérieux, trop de facilité à se contenter elle-même, à prendre pour argent comptant les encouragements d’un public vulgaire, qu’éblouissaient ses brillants regards et ses traits de chant audacieux et hasardés.

Comme, à tout prendre, c’était une petite étoile au milieu de cette troupe modeste, je ne m’occupai pas à la dénigrer, et je laissai mon voisin s’entretenir d’elle avec feu. C’était un vieux médecin qui n’était jamais retourné à Paris depuis qu’il avait reçu son diplôme, au com-