Ouvrir le menu principal
Cette page a été validée par deux contributeurs.


Narcisse était ivre de bonheur. Il voulait tout ce que voulait Juliette. Je trouvai qu’il se sacrifiait trop en accordant six semaines de retraite. Juliette ne pouvait pas apprécier les agitations de l’attente et les tourments de l’espérance. Elle céda sans discussion, et je fixai à quinze jours l’absence qu’elle s’imposait. Dès le lendemain, elle alla s’enfermer au couvent, et je me chargeai, conformément à ses instructions, de préparer toutes choses pour la rédaction du contrat de mariage.

Comme le curé, consulté sans doute d’avance, devait publier les bans le dimanche suivant, le lendemain soir, conformément encore au désir que Juliette m’avait exprimé, je fis part officiellement, à la famille de Narcisse et à nos autres amis rassemblés chez moi, du prochain mariage de Narcisse Pardoux avec mademoiselle d’Estorade. Ce fut une grande surprise ; on avait toujours cru, malgré ses dénégations, que Juliette avait prononcé certains vœux. À l’époque où elle avait établi sa communauté, les jeunes gens à marier, et leurs parents surtout, s’étaient émus de voir une si belle fortune s’en aller aux hospices, et certaines bourgeoises d’importance, qui avaient craint pour leurs filles la concurrence d’une dot comme celle de mademoiselle d’Estorade, s’étaient hâtées de publier, comme le tenant de bonne part, que le vœu de célibat de cette héritière était un fait accompli. Dans les petites villes de province, il n’y a rien de si aisé que d’é-