Ouvrir le menu principal
Cette page a été validée par deux contributeurs.


blie le plus que je peux ; mais, ce soir, je ne sais pas ce qui m’a pris. Il m’a semblé que Juliette avait la fièvre.

— La fièvre ? pourquoi la fièvre ?

— Oh ! je m’entends, la fièvre dans le cerveau. Elle n’est pas vive et riante comme cela naturellement. Elle lutte, voyez-vous ; mais, si Albany est un fat de dire qu’elle l’aime, il n’est pas un fou de le penser. Cette dernière lettre qu’il lui a écrite, je ne la connais pas, moi ; mais ça doit être bien tourné, et les femmes se prennent aux belles paroles plus qu’aux sentiments vrais…

Je l’interrompis.

— Voyons, Narcisse, n’appliquons pas trop ces lieux communs, malheureusement trop vrais, à une âme d’exception. Avant de vous désespérer, répondez encore à une question sérieuse. Vous êtes et vous serez jaloux, cela est inévitable ; mais sera-ce une jalousie éternelle, injuste et insupportable, par rapport au plus ou moins d’émotion que vous supposez dans le passé de Juliette, et dois-je me hâter de lui dire : « Préservez-vous d’un attachement immense, mais qui ne raisonne pas, et qui vous fera la vie amère ? » Ou bien dois-je croire que le jour où Juliette vous dira : « C’est vous que j’ai choisi et à qui je veux appartenir, » vous oublierez jusqu’au nom d’Albany, pour ne songer qu’à remercier Dieu et Juliette ?

Narcisse m’écoutait avec des yeux arrondis, presque hagards.