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et de disparaître sur la route du Nord, en vous traitant de folle embéguinée et de prude embourgeoisée, mais que je ne sais pas si ce personnage, fort capricieux, n’aurait pas la fantaisie de revenir sur ses pas dans deux heures. Or, nous avons, je pense, assez supporté ses lubies ; nous avons été fort patients ; moi, pour mon compte, je l’ai été comme un saint ! Nous pourrions l’être moins par la suite, et vous-même, vous ne le seriez plus du tout, je parie. Ces impertinences ont lassé votre dignité. Croyez-moi, quittons la partie, et, comme le chemin d’Estorade est fort connu, nous pousserons un peu plus loin, n’importe où, sans dire d’avance et sans savoir nous-mêmes où nous allons. C’est la seule manière de n’être pas suivis.

Mademoiselle d’Estorade accepta avec joie, Narcisse avec répugnance. Il éprouvait un vague mais violent besoin de brutaliser son rival plus que de raison, et il lui semblait que le fuir était une défaite. Mais Juliette faisait déjà son paquet et celui de Sylvie. Deux heures après, la légère et confortable calèche qui avait remplacé l’antique patache cellulaire de mademoiselle d’Estorade nous déposait à la porte de son château. Ma femme et ma fille aînée étaient de la partie. Nous fîmes à Estorade un repas improvisé, et, aussitôt après, nous prîmes la route de Sainte-Florence, où nous pûmes arriver avant la nuit.

Nous nous promenâmes ainsi trois jours durant, à