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En achevant sa phrase, Albany éleva un peu la voix à dessein d’être entendu de Narcisse, car nous nous étions rapprochés de la maison. Je vis, avec déplaisir, Narcisse précisément à portée de l’entendre. Il se promenait de long en large dans une chambre du rez-de-chaussée, la fenêtre ouverte ; mais il avait réfléchi, et j’admirai l’empire qu’il avait repris sur lui-même. Il vint à notre rencontre sans dire un seul mot, et comme s’il n’eût pas vu Albany. Ce silence était peut-être plus éloquent que des paroles, car Albany ne trouva pas non plus un mot à lui adresser, et nous sortîmes tous les trois pour nous séparer, sans bruit, sur la place de la Comédie.

Il ne m’était plus possible de rien cacher à Narcisse des desseins et des espérances d’Albany. J’étais un peu ébranlé par l’assurance du comédien, et, précisément à cause de cela, j’essayais de m’en moquer. Je comptais sur Narcisse pour dissiper mes inquiétudes intérieures. Il devait être bien tranquillisé par la déception qu’Albany avait éprouvée dans son rendez-vous ; mais je le trouvai presque aussi muet avec moi qu’il l’avait été avec son rival. Il semblait, ou ne vouloir se permettre aucune opinion sur Juliette, ou couver quelque secrète résolution. Je ne le quittai qu’après l’avoir vu entrer dans la maison Pitard, où il demeurait, et je me promenai quelque temps à distance, pour m’assurer qu’il ne sortait pas dans le dessein d’aller provoquer Albany. Mais aucune porte ne