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Albany, il devait à mademoiselle d’Estorade de me laisser seul prendre fait et cause pour elle. Il resta donc caché pendant que je courais après l’artiste. Je retins celui-ci au moment où il montait sur la terrasse auprès du pilastre.

— Permettez, monsieur, lui dis-je, vous ne passerez pas par ici. Vous ne pouvez pas ignorer que, dans les petites villes, on peut toujours être aperçu par un passant attardé, ou par un curieux cloué derrière une persienne. Or, je ne veux pas souffrir que, dans le voisinage d’une maison habitée par une personne que je respecte, vos étranges fantaisies d’escalade et de promenade nocturne donnent lieu à d’impudents commentaires. Vous aurez donc l’obligeance de repasser par ce jardin, de traverser la maison de M. Pardoux, qui précisément s’y trouve en ce moment, et d’en sortir avec nous, pour être vu, au besoin, par les gens qui veillent quelquefois dans le café une partie de la nuit, après la fermeture.

Albany voulut se fâcher ; mais, comme il vit que cela était fort inutile, il prit le parti de m’ouvrir son cœur.

— Je ferai ce que vous voudrez, dit-il, je suis dans mon tort. Mais, avant que je sorte, laissez-moi vous parler cinq minutes, seul à seul dans ce jardin. C’est pour Juliette, peut-être, une question de vie ou de mort.

— Parlez simplement. Je vous écoute.

— Seul ? Personne n’est là autour de nous ?