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J’invitai le docteur et madame Pitard à dîner. J’avertis le curé que j’étais obligé d’avoir chez moi, le soir, un comédien ; à quoi il me répondit que cela lui était bien égal et qu’il viendrait comme à l’ordinaire. Je priai Narcisse de venir au dessert et d’entrer en même temps que mademoiselle d’Estorade.

Albany, qui avait fort mauvais ton dans l’occasion, avait aussi, dans l’occasion, le ton de la meilleure compagnie. Ma femme et Hortense le trouvèrent fort bien élevé, mais point aimable. En effet, il fut très-froid et comme méfiant. Il prenait sottement la situation. Il s’attendait à être mystifié, et se tenait d’avance sur la défensive.

Quand Juliette entra, avec Sylvie, déjà pendue au cou de Narcisse, qu’elles avaient trouvé dans l’antichambre, Albany sembla hésiter à la reconnaître. Le musicien avait peu d’aptitude, probablement, pour la peinture, car il n’avait jamais vu dans mademoiselle d’Estorade qu’une personne mal mise, sans charmes, d’une taille problématique, et beaucoup trop âgée pour lui. J’avais mis, à dessein, la conversation sur ce sujet pendant le dîner, et il s’était prononcé avec une sorte d’affectation, disant qu’il avait connu mademoiselle d’Estorade toute jeune et l’avait toujours trouvée vieille ; qu’elle avait de beaux yeux et l’air distingué, mais qu’elle ne régnerait jamais qu’au royaume des ombres.