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s’arranger d’une façon si vulgaire. Il avait certainement craint un drame, et, bien que très-satisfait d’y échapper, il était désappointé d’être si facile à marier.

En le quittant, j’allai rejoindre Narcisse, à qui je racontai, de ce qui s’était passé, tout ce qu’il devait savoir, c’est-à-dire tous les faits accomplis, hormis les explications que j’avais eues avec mademoiselle d’Estorade, relativement à lui. Je m’abstins aussi de lui laisser pressentir qu’il me restait de légers doutes sur les sentiments secrets de Juliette. Ces doutes étaient trop peu formulés en moi-même, et, dans tous les cas, il me semblait que Juliette était à jamais guérie par la blessante leçon que lui infligeait la vanité d’Albany. Dès lors, j’espérais qu’elle pourrait aimer Narcisse, et, si cet excellent jeune homme pouvait être heureux par elle, c’était à la condition de ne plus souffrir du passé.

Mais Narcisse, ordinairement si ouvert et si facile à pénétrer, montra, cette fois, une sorte d’abattement dont je ne pus pas bien saisir la cause. Il ne fit aucune réflexion et se contenta de dire à plusieurs reprises :

— Elle veut que je sois là, j’y serai ! Si elle veut que je le jette par les fenêtres, me voilà prêt, et ça me fera plaisir. Si elle veut, au contraire, que je le reconduise avec beaucoup de politesse jusqu’à la diligence, ça ne m’amusera pas, mais je suis encore prêt. Ce qu’elle décidera sera bien, et je n’ai, en ceci comme en tout, qu’à lui obéir.