Ouvrir le menu principal
Cette page a été validée par deux contributeurs.


Quelle qu’en fût la raison, cette nouvelle série de lettres était d’un tout autre ton que la première. Tout le mauvais passé de l’artiste paraissait effacé de sa mémoire. Il recommençait à parler de lui comme d’un homme supérieur méconnu, et semblait traiter d’égal à égal avec mademoiselle d’Estorade. Ceci me parut choquant. Je l’aimais mieux faisant de l’enthousiasme et l’appelant sa sainte et sa patronne, que lui écrivant sans façon ma chère sœur et mon amie. Juliette, en souffrant cette familiarité, avait été d’une indulgence trop chrétienne. Elle n’avait pas été assez femme, c’est-à-dire assez prudente et assez fière. Mais, en résumé, si elle avait eu pour lui, dans le secret de son âme, un peu de faiblesse, elle ne s’était jamais trahie, et Albany restait, à mes yeux, un impertinent de se croire adoré.

J’allai la trouver, le lendemain, et fus fort de son avis qu’elle devait voir Albany en ma présence, et lui montrer, par sa tranquillité, combien il s’était mépris.

— Je veux, me répondit-elle, que ce soit aussi en présence de Narcisse.

— Il faut alors, repris-je, que ce soit aussi en présence de tous nos amis, afin que, dans le cas où Albany aurait ici d’autres confidents que moi, plusieurs personnes fussent à même de constater qu’il s’est ridiculement vanté.

Nous convînmes de nos faits, et je me rendis sur-le-