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Je vais vous parler comme à un confesseur. Je voulais tenter une épreuve sur moi-même en ce moment-là. Oui, c’est une idée folle qui m’était venue tout à coup. On parle de l’empire des sens sur les secrets sentiments de l’âme, de certains troubles qui en changent la nature, et d’innocentes caresses qui peuvent soudainement nous faire passer de l’amitié à l’amour. L’austérité de la vie cloîtrée comporte tout un règlement, qui, vous l’avez vu, va jusqu’à nous défendre d’embrasser une femme et de nous laisser toucher la main par un homme ; c’est nous dire que le plus chaste contact est dangereux, que la plus innocente familiarité cache un abîme. Je souriais de ces exagérations, tout en m’y soumettant pour ne scandaliser et n’étonner personne. Mon être était si tranquille ! Il l’a toujours été. Voilà pourquoi, moi qui ne sais rien des passions, j’aurais de bon cœur livré mon âme à une émotion quelconque, qui m’eût fait envisager avec joie l’idée d’être la compagne de mon meilleur ami !

L’étonnante naïveté de mademoiselle d’Estorade me fit sourire. Il devenait bien évident pour moi qu’elle était aussi enfant que la petite Sylvie. Mais une chose m’étonnait encore plus, c’est qu’avec tant d’ingénuité, elle regardât comme une nécessité de partager l’amour de Narcisse pour s’unir à lui. Une personne si soumise à des principes austères avait-elle besoin d’entraînement et d’enthousiasme ? Ne lui suffisait-il pas d’accomplir un de-