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Il s’aperçut, à mon attitude et à ma physionomie, que je trouvais déplacée et inexacte cette manière de s’exprimer. Il n’en parut pas troublé.

— Si, comme je le crois, poursuivit-il, vous savez tous les détails de cette liaison, vous devez reconnaître qu’après une vie assez déraisonnable, j’ai fait, grâce aux bons conseils et à la fidèle assistance morale de Juliette (ici, je fronçai le sourcil), de meilleures réflexions. Je me suis soumis, bien en vain, à une famille inexorable qui m’a repoussé, et, de guerre lasse, je suis retourné au théâtre, où je n’ai pas eu la position que j’avais le droit d’ambitionner. Et, pourtant, j’ai accepté un rôle infime dans les arts. Je chante depuis plus d’un an dans une mauvaise ville de province où, à force de patience et de résignation, je me suis mis à même de me faire estimer de mes amis et respecter de mes ennemis. Or, voici, monsieur, ce qui m’arrive aujourd’hui et ce que je confie à votre honneur.

» Une veuve riche, jeune et belle, s’est prise de passion pour votre serviteur, un peu malgré lui, il doit l’avouer ; car il avait, pour s’abstenir de liaisons sérieuses, des raisons qu’il vous dira plus tard.

» Bref, cette veuve veut m’épouser, à la condition que je quitterai le théâtre, et, comme je n’ai qu’un mot à dire pour fixer mon sort, je viens vous consulter.

— Moi ? répondis-je assez étonné. Je ne vous connais