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tage, dans une petite ville, pour se faire comprendre. Narcisse recevait donc là des avances auxquelles il était bien maladroit de ne pas répondre ; mais à toutes les remontrances de son beau-frère et à toutes les prières de sa sœur, il répondait :

— J’ai bien le temps, nous verrons ça plus tard ; les cheveux ne me blanchissent pas encore.

Je promis de l’interroger, et voici ce qu’il me répondit :

— Mon cher ami, vous direz aux Pitard que j’y réfléchis. Il ne faut pas leur faire de la peine. Ma sœur s’inquiète et s’affecte, parce qu’elle croit que je me lancerai dans les grandes affaires et que je prendrai le goût d’aller vivre à Paris. Elle se trompe ; je veux rester ici, j’y resterai. Mais, à vous, je dirai la vérité. Je ne veux pas me marier, je ne me marierai jamais.

Et, sans attendre mes réflexions, il ajouta :

— Pourquoi ferais-je moins pour ma nièce que mademoiselle d’Estorade, qui lui a sacrifié toute sa vie ? J’adore cette petite ; mais, si j’avais des enfants à moi, des enfants jaloux d’elle peut-être, une femme qui ne l’aimerait pas… qui sait si j’aurais l’énergie d’être pour elle tout ce que je dois être ? Non, non, c’est décidé, je resterai garçon, et je serai le père de Sylvie. Juliette ne serait pas tranquille, j’en suis sûr, si elle me voyait marié, elle qui se figure toujours qu’elle ne doit pas vivre longtemps. C’est une songerie qu’elle a comme ça ; mais,