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moins autant qu’avec nous. Elle ne se mêlait jamais d’aucune conversation, et, pour avoir l’opinion ou l’avis d’une personne si modeste et si discrète, il fallait la questionner directement. Elle répondait alors sans embarras et sans arrière-pensée ; mais, si la discussion s’établissait, elle n’insistait pas, et s’en tenait à son sentiment intérieur avec une obstination muette qui eût été exaspérante, si le sentiment n’eût été bon et juste. Mais on sentait en elle une idée fixe, peut-être une volonté inébranlable. Rien ne l’entamait, et je lui disais quelquefois, en riant, qu’on ne la détesterait pas à demi, si l’on n’était pas forcé de l’adorer.

Un jour, les Pitard vinrent me prier d’user de mon influence sur Narcisse pour le décider au mariage. Sa position était faite, et, dût-il ne pas devenir aussi riche que je le lui avais annoncé, la vente de son établissement et les produits agricoles de la Folie-Pardoux lui constituaient un petit capital fort honnête. Il avait passé la trentaine. En province, c’est être déjà vieux garçon. Les parents des filles à marier commençaient à s’impatienter contre lui. Des pourparlers, en manière de causerie, avaient lieu à ce sujet, chaque jour, chez les avoués et notaires de la ville. Des parents très-riches, et d’une bourgeoisie plus relevée que celle des Pardoux, avaient été jusqu’à dire : « Eh bien, et Narcisse Pardoux, il ne songe donc pas à s’établir ? » C’était bien significatif. Il n’en faut pas davan-