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seul parti convenable en de semblables rencontres, le parti du mépris impassible.

Elle éprouvait cependant, et nous éprouvions tous, une assez vive anxiété, relativement à ce que Julia pouvait avoir découvert de réel au milieu des inductions de sa jalousie. Il fallait le savoir. C’était donc une raison de plus pour prendre patience.

Elle épancha sa bile en un torrent de récriminations contre Albany. Elle le représenta comme le dernier des hommes, capable de tout. Il lui avait fait quitter ce qu’elle appelait un établissement sérieux, c’est-à-dire le protectorat d’un riche bourgeois de Montauban, pour l’abandonner, après six mois d’ingratitude et de brutalité, à la misère et au désespoir ; car elle l’aimait encore, malgré tout. Elle s’en vantait avec une sorte d’égarement, et trouvait, par moments, des paroles assez vives, sinon touchantes, pour peindre l’état de son cœur brisé et de sa cervelle en démence.

Quand elle eut tout dit, mademoiselle d’Estorade prit la parole avec son imperturbable douceur.

— Je vous plains, lui dit-elle, et, si vous veniez me demander des conseils, je vous ferais peut-être comprendre que vos chagrins ont leur cause dans votre passé. Mais vous êtes venue pour autre chose. Sont-ce des secours que vous désirez ? M. Albany vous a-t-il, en effet, laissée sans ressources ?