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rectif dont mademoiselle d’Estorade avait pu ne pas se défier. Il avait écrit une douzaine de ces lettres singulières, dont le but n’était pas facile à pénétrer. Il y en avait d’assez éloquentes, toutes étaient spirituelles, tantôt enjouées, tantôt mélancoliques. La dernière était triste et attestait, par certains airs de reproche, que mademoiselle d’Estorade ne s’intéressait à lui que comme une sœur de charité à un malade.

Le caractère que je lui avais attribué en causant avec lui se révélait clairement dans ces lettres. Un orgueil déplacé, exagéré, lui faisait, à chaque pas, perdre le bon chemin. Il s’en allait à reculons dans sa carrière, se plaignant de tout le monde, dénigrant toutes les occasions qu’il avait manquées, et ne voyant rien qui fût digne de lui ou de ses regrets. Mille projets vagues et fantasques se croisaient dans sa cervelle. Il se croyait certain de passionner l’Italie ; mais le goût était perdu en Italie, et il craignait de s’y amoindrir. Il avait des velléités de fortune immense en Amérique ; mais les Américains étaient incapables d’apprécier un artiste qui ne voulait pas faire de puffs et de réclames, et il reculait devant la nécessité de se mettre dans les mains d’un exhibiteur.

Il trouvait tous les projets admirables au premier abord, et annonçait des combinaisons excellentes qui se changeaient en déceptions avant le moindre commencement d’exécution. Il démolissait alors avec beaucoup d’esprit