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Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/75

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n’est point hâlé, à vos mains qui sont très-blanches, à votre air, à votre langage… et puis à vos manières, qui sont celles d’un homme du monde, et enfin à votre esprit, qui n’est pas celui d’un jardinier.

FLORENCE. — Et cependant, madame, je vous donne ma parole d’honneur que je suis jardinier.

DIANE. — Oui, depuis ce matin ou depuis hier soir ?

FLORENCE. — Qu’importe ? Je connais très-bien mon état, et, avant huit jours, vous vous en apercevrez à l’embellissement de votre serre et de votre jardin. Toutes ces plantes que vous voyez là, jaunes et malades, auront relevé la tête ou seront remplacées par des élèves bien constituées. Le choix de fleurs dont vous m’avez confié l’achat vous procurera d’agréables surprises, et je me charge même de donner à votre potager, si mon confrère veut bien m’écouter, un aspect de prospérité et un goût de distribution qui vous feront comprendre que les légumes ont aussi leur beauté et même leur poésie.

DIANE. — Alors vous êtes un jeune savant échappé du jardin des Plantes ?

FLORENCE. — Comme une bête féroce ou comme un singe ?

DIANE. — Non, comme un artiste aventurier qui s’ennuie d’obéir à la règle et qui a appris, par je ne sais quel hasard, qu’ici il pourrait créer à sa fantaisie, sans subir le caprice ou la volonté de personne.

FLORENCE. — Mon Dieu, madame, j’en suis charmé, mais je n’en savais rien du tout. Je n’ai jamais été employé au jardin des Plantes ; j’ai les mains encore blanches, parce qu’il y a quelque temps que je ne me suis livré au travail de la terre. Dans trois jours, si vous daignez vous apercevoir de l’état de mes mains, vous verrez qu’elles n’ont pas chômé et qu’elles savent réparer le temps perdu. Il en sera de même de mon teint ; et quant à mon esprit…

DIANE. — Il se sera atrophié dans mon atmosphère, n’est-ce pas ?

FLORENCE. — Au contraire, madame ; j’aurai beaucoup à faire pour l’empêcher de s’aiguiser trop ; mais il se sera